Une demande croissante de la part des patientes

La santé féminine évolue, et les patientes aussi. De plus en plus de femmes souhaitent être actrices de leur rééducation, suivre leurs progrès, comprendre ce qu’il se passe dans leur corps. Les outils connectés répondent à ce besoin d’autonomisation, en apportant un feedback immédiat, souvent visuel et ludique, qui complète l’accompagnement en cabinet.

Certaines patientes viennent d’ailleurs en consultation en posant la question : “Est-ce que je peux utiliser une sonde connectée à la maison ?” ou “Quelle appli me conseillez-vous pour continuer entre les séances ?”. Ces signaux montrent l’importance pour le ou la kiné de connaître ces dispositifs, ne serait-ce que pour orienter ou sécuriser les usages.

Un levier d’autonomie et de motivation

La rééducation périnéale souffre parfois d’un manque de régularité ou d’investissement de la part des patientes — par gêne, manque de temps, oubli. Les outils connectés viennent ici jouer un rôle clé :

  • Gamification des exercices : contrôle de personnages avec le périnée, niveaux à débloquer, scores…
  • Rappels et notifications pour maintenir l’assiduité.
  • Visualisation des progrès, indispensable pour maintenir la motivation sur plusieurs semaines.

Cette dynamique transforme la rééducation en une expérience plus engageante, qui favorise l’adhésion et donc, potentiellement, l’efficacité thérapeutique.

Vers une objectivation des progrès

Du point de vue du professionnel, ces dispositifs permettent une mesure plus objective des performances périnéales : intensité des contractions, durée de maintien, capacité de relâchement. Même si les mesures doivent être interprétées avec précaution, elles offrent un support à la progression, utile en bilan ou en suivi.

Certains outils proposent également un accès aux données à distance, permettant au·à la kiné d’adapter le protocole, d’accompagner entre les séances, voire de renforcer la relation thérapeutique via un suivi asynchrone.

Comparatif des fonctionnalités clés

Face à la diversité des dispositifs connectés en rééducation périnéale, il peut être difficile pour un·e kinésithérapeute de s’y retrouver. Voici un comparatif des principales fonctionnalités, pour mieux comprendre ce que chaque outil peut réellement apporter en cabinet ou en autonomie à domicile.

Perifit

La spécificité technique de Perifit réside dans la présence de deux capteurs de pression distincts intégrés à la sonde. Cette configuration permet de mesurer, de manière différenciée, l’activité du plancher pelvien (contraction périnéale) et la pression abdominale. Ce double retour est particulièrement intéressant pour objectiver la synergie abdomino-périnéale ou repérer une hyperpression abdominale compensatoire, problématique fréquente dans certaines dysfonctions.

L’interface utilisateur repose sur un retour visuel interactif : la patiente contrôle un avatar dans différents jeux via la contraction volontaire du périnée. Plusieurs programmes sont proposés (incontinence, tonification, post-partum…), avec un suivi des progrès. La connexion se fait en Bluetooth. Il est conçu en silicone médical et conforme aux normes CE.

Perifit est également compatible avec le matériel professionnel Biostim.

En savoir plus sur leur site : https://fr.perifit.co/

Emy

Emy est une sonde de rééducation périnéale connectée, développée en France par la société Fizimed, en collaboration avec des professionnels de santé. Elle s’adresse principalement aux patientes souhaitant poursuivre ou initier un travail périnéal à domicile, en complément ou en dehors des séances de kinésithérapie.

Le dispositif fonctionne via Bluetooth, et se connecte à une application mobile dédiée. L’interface propose une série d’exercices basés sur la contraction et le relâchement du plancher pelvien, avec un système de feedback visuel sous forme de graphiques, cibles ou mini-jeux. Les séances peuvent être personnalisées selon les objectifs (tonification, incontinence, post-partum…) et le niveau de la patiente.

D’un point de vue matériel, Emy est conçue en silicone médical, est rechargeable via induction, étanche, et conforme aux exigences du marquage CE en tant que dispositif médical. Elle est simple à nettoyer, et fournie avec un étui de transport.

Ce qui distingue Emy des autres solutions grand public, c’est la présence d’une plateforme professionnelle complémentaire : Fizimed Pro.

Emy est également compatible avec le matériel professionnel Biostim.

En savoir plus sur leur site : https://www.fizimed.com/fr/

Elvie

Elvie Trainer est une sonde de rééducation périnéale connectée, conçue au Royaume-Uni par la société Elvie, avec l’ambition de proposer un dispositif discret, intuitif et adapté au grand public. Elle est particulièrement connue pour son design épuré, sa facilité d’usage et son application mobile claire et minimaliste.

Le dispositif fonctionne via une connexion Bluetooth à une application dédiée, disponible sur iOS et Android. L’interface propose des exercices guidés de contraction et de relâchement, avec un retour visuel en temps réel. Les exercices sont regroupés par thématiques (force, vitesse, coordination, endurance) et suivent une progression individualisée.

Sur le plan technique, Elvie Trainer est fabriquée en silicone médical, étanche, rechargeable via un boîtier USB, et certifiée dispositif médical CE.


En savoir plus sur leur site : https://www.elvie.com/fr-fr

Ce que dit la littérature scientifique à ce jour

Les dispositifs connectés destinés à la rééducation périnéale ont gagné en visibilité ces dernières années, soutenus par un intérêt croissant pour l’auto-rééducation et les nouvelles technologies en santé. Mais que dit réellement la littérature scientifique à leur sujet ? Peut-on les considérer comme équivalents aux outils de biofeedback classiques ? Ont-ils démontré une efficacité clinique ? Et surtout, quelle est leur place dans une prise en charge kinésithérapique fondée sur les preuves ?

Que valent les objets connectés face au biofeedback classique ?

Le biofeedback est depuis longtemps un outil validé en rééducation périnéale, notamment pour l’incontinence urinaire. Les sondes classiques, reliées à un électromyographe ou un capteur de pression, permettent une évaluation précise en temps réel de l’activité musculaire du plancher pelvien. Ces dispositifs sont utilisés en cabinet, sous supervision, et intègrent des données quantitatives interprétables par le professionnel.

En comparaison, les sondes connectées de type grand public (Perifit, Elvie, Emy…) proposent un retour visuel plus ludique, souvent via une application mobile, mais s’appuient sur des capteurs moins sensibles, avec une standardisation variable. La littérature actuelle tend à indiquer que ces outils peuvent améliorer l’adhésion et l’implication des patientes, mais n’apportent pas le même niveau de précision que les dispositifs cliniques.

Des revues systématiques et études comparatives (par ex. Ghetti et al., 2021 ; Hirsch et al., 2022) soulignent que les outils connectés peuvent être efficaces dans des cas simples d’incontinence légère à modérée, mais ne doivent pas être considérés comme équivalents aux dispositifs médicaux professionnels en termes de diagnostic ou de supervision thérapeutique.

Études cliniques et limites actuelles

À ce jour, la majorité des études sur les dispositifs connectés en périnéologie sont soit des études observationnelles, soit des études pilotes avec peu de participantes, souvent conduites ou soutenues par les fabricants eux-mêmes. Cela limite la portée des conclusions.

Quelques essais cliniques ont néanmoins montré des résultats positifs :

  • Une étude de 2020 (Bo et al.) a mis en évidence une amélioration significative du score d’adhésion chez les femmes utilisant une sonde connectée avec retour visuel ludique.
  • Une autre étude (Heinonen et al., 2021) a comparé Perifit à un programme de Kegel non assisté : les résultats étaient comparables en termes de ressenti d’efficacité, mais pas en termes de données objectives.

Les limites les plus souvent relevées concernent :

  • L’hétérogénéité des programmes intégrés (durée, intensité, fréquence, absence de personnalisation),
  • La fiabilité des capteurs, variable d’un produit à l’autre,
  • L’absence de supervision professionnelle, qui peut entraîner des erreurs d’exécution ou de compensation.

En l’état actuel, les dispositifs connectés ne sont donc pas suffisamment soutenus par des preuves de niveau 1 pour être recommandés seuls dans les cas complexes ou douloureux.

  • Preuve scientifique établie fondée sur des études de fort niveau de preuve (niveau de preuve 1) : essais comparatifs randomisés de forte puissance et sans biais majeur ou méta- analyse d’essais comparatifs randomisés, analyse de décision basée sur des études bien menées. </aside>

Place dans un protocole kiné : complément ou substitut ?

Dans une approche fondée sur les preuves et adaptée à la réalité clinique, les objets connectés doivent être envisagés comme des outils complémentaires plutôt que comme des substituts à la rééducation périnéale encadrée.

Ils peuvent constituer :

  • Un support motivationnel entre les séances,
  • Un outil d’auto-éducation pour initier une prise de conscience périnéale,
  • Un prolongement de la prise en charge pour maintenir les acquis dans le temps.

En revanche, dans les situations suivantes, leur usage isolé est à éviter :

  • Troubles complexes ou douleurs pelviennes,
  • Hypertonie non diagnostiquée,
  • Patientes avec compensation abdomino-périnéale,
  • Contextes post-opératoires ou spécifiques (prolapsus, post-chirurgie, etc.).

Le rôle du ou de la kiné reste donc central pour évaluer la pertinence de l’outil, former la patiente à son bon usage, et intégrer les données collectées (le cas échéant) dans un protocole global, individualisé et évolutif.

Comment intégrer ces outils dans sa pratique de cabinet ?

Si les dispositifs connectés offrent de nouvelles perspectives en matière de suivi et d’adhésion thérapeutique, leur intégration en cabinet demande réflexion. Tout comme un appareil de biofeedback ou une sonde classique, ils ne sont pas neutres : ils doivent être sélectionnés et introduits dans le parcours de soin avec discernement.

Pour qui ? Pour quoi ? (critères de choix selon les profils)

Tous les dispositifs ne conviennent pas à toutes les patientes, ni à toutes les indications. Avant de proposer un outil connecté, il est essentiel d’évaluer plusieurs critères :

  • Le type de trouble : les outils connectés sont plus adaptés à des situations simples (incontinence d’effort légère, post-partum sans complication, prévention), et peu indiqués en cas d’hypertonie, de douleur, de troubles ano-rectaux ou de problématiques complexes.
  • Le niveau de conscience corporelle : pour une patiente déjà sensibilisée à la contraction périnéale, un outil autonome peut renforcer le travail entre les séances. À l’inverse, en phase d’initiation, un accompagnement manuel est souvent indispensable.
  • Le degré d’autonomie : certaines patientes apprécient la liberté d’usage à domicile et sont assidues ; d’autres peuvent se décourager sans guidance régulière.
  • Le rapport au numérique : l’acceptabilité technologique est variable. Il faut s’assurer que la patiente soit à l’aise avec les applications mobiles, le Bluetooth, ou la gestion de la recharge.

Enfin, le coût peut être un frein. Les dispositifs sont rarement pris en charge, et l’achat reste à la charge de la patiente (entre 150 et 250€ en moyenne). Il est important d’en discuter en amont.

Exemples de situations cliniques (incontinence, post-partum, douleurs)

Voici quelques exemples concrets où les outils connectés peuvent être utiles — ou au contraire, à éviter.

✅ Cas favorables :

  • Jeune femme en post-partum sans douleurs, ayant commencé une rééducation en cabinet et souhaitant renforcer les acquis entre les séances.
  • Patiente sportive motivée, déjà sensibilisée à l’anatomie pelvienne, recherchant un support de progression.
  • Incontinence d’effort légère, sans prolapsus associé, chez une patiente désireuse de travailler en autonomie après une première phase encadrée.

❌ Cas à éviter ou à encadrer fortement :

  • Douleurs pelviennes chroniques (vaginisme, vestibulodynie, dyspareunie) : risque d’aggravation si la sonde est mal positionnée ou si l’outil est mal compris.
  • Hypertonie périnéale non diagnostiquée : les outils centrés sur la contraction peuvent renforcer un schéma dysfonctionnel.
  • Femme ménopausée avec muqueuses fragiles ou sécheresse vaginale importante : risque d’inconfort, voire de micro-lésions.

Chaque outil doit donc être intégré dans un protocole clinique raisonné, et non utilisé en “plug-and-play”.

Communication avec la patiente : consentement et éducation

La technologie ne remplace pas la relation thérapeutique. La décision d’utiliser un dispositif connecté — que ce soit en cabinet ou à domicile — doit toujours être précédée d’une explication claire, d’une démonstration (si possible), et d’un consentement éclairé.

Points à aborder avec la patiente :

  • Pourquoi ce dispositif ? En quoi est-il adapté à sa situation ?
  • Ce que l’outil mesure (et ce qu’il ne mesure pas) : éviter les malentendus sur l’efficacité ou la portée.
  • Comment l’utiliser correctement : positionnement, hygiène, fréquence d’utilisation, interprétation des résultats.
  • Que faire en cas de gêne, douleur, ou doute : maintenir un lien de communication entre les séances.

Il est également utile de remettre une fiche pratique ou un mémo, voire de réaliser une première utilisation guidée en séance.

Enfin, il convient de rappeler que le dispositif n’est pas un traitement en soi, mais un support dans un processus plus global d’éducation, de mouvement, et de rééducation individualisée.

Ce que nous utilisons chez Hey Lilie (et pourquoi)

Chez Hey Lilie, nous intégrons certains dispositifs connectés dans nos programmes de formation, non pas comme des solutions miracles, mais comme des outils pédagogiques, permettant aux professionnel·les de santé de mieux comprendre leurs usages, leurs limites, et les critères cliniques d’indication.

Notre approche reste centrée sur la clinique, l’écoute de la patiente, et l’adaptation aux situations individuelles. Les objets connectés n’ont de sens que s’ils s’inscrivent dans cette dynamique.

Retour d’expérience sur Perifit, Elvie, Emy et les sondes sans fil

Au fil des sessions, nous avons testé différents dispositifs avec nos formateurs et nos stagiaires, dans des contextes de formation initiale ou de perfectionnement.

Perifit est celui que nous utilisons le plus fréquemment, notamment en raison de sa configuration double capteur (périnéal et abdominal), qui permet de sensibiliser les stagiaires à l’analyse des compensations. Cette fonctionnalité ouvre la porte à une réflexion sur la synergie abdomino-périnéale, thème central en pelvi-périnéologie. Le retour visuel ludique, bien qu’orienté grand public, peut aussi servir de base de discussion sur l’adhésion thérapeutique.

Elvie est apprécié pour sa simplicité d’utilisation et son design très intuitif, mais reste limité dans ses fonctionnalités avancées, et ne permet pas de différencier clairement les pressions abdominales et périnéales. Il peut toutefois illustrer la diversité des interfaces patient, et les enjeux d’accessibilité.

Emy, quant à elle, est la seule à proposer une plateforme de suivi professionnel, ce qui est intéressant dans une logique de télé-suivi ou d’accompagnement à distance. Nous l’abordons en formation pour sensibiliser aux outils de suivi asynchrone, en mettant en garde contre les risques de dérive vers des logiques “hors sol”, déconnectées de la clinique.

L’ensemble de ces sondes permet d’initier une discussion riche sur :

  • Les biais potentiels des capteurs,
  • Le positionnement anatomique et la forme,
  • L’interprétation prudente des résultats,
  • Le rôle du kiné dans l’encadrement des outils numériques.

Pourquoi nous les incluons dans certaines formations

Nous ne cherchons pas à former à l’utilisation d’un outil en particulier, mais à former à une posture critique face aux outils. Les dispositifs connectés sont présents dans nos formations :

  • Pour permettre aux kinés de tester, manipuler et interroger ces dispositifs eux-mêmes, dans un cadre encadré,
  • Pour les aider à guider leurs patientes avec justesse, qu’elles soient déjà équipées ou en recherche de solution,
  • Pour explorer les possibilités cliniques, mais aussi les limites, dans un environnement sans pression commerciale.

Les sondes connectées sont notamment abordées dans notre programme “Rééducation pelvi-périnéale : les essentiels”, ainsi que dans les modules de perfectionnement dédiés à l’endométriose ou à l’innovation en santé féminine.

Ce positionnement nous permet de former des kinés responsables, capables d’intégrer les nouvelles technologies avec discernement, au service de leurs patientes — et non l’inverse.

Aller plus loin : se former à l’usage des outils connectés en périnéal

Les dispositifs connectés, bien utilisés, peuvent enrichir la prise en charge périnéale : en cabinet comme à domicile, en suivi immédiat comme en phase de maintien. Mais leur intérêt réel ne se mesure pas uniquement à la technologie embarquée — il repose sur la capacité du·de la professionnel·le à les intégrer dans un raisonnement clinique fondé sur l’Evidence-Based Practice.

Pour cela, une formation solide reste la meilleure garantie pour :

  • Comprendre les indications et contre-indications réelles,
  • Identifier les erreurs d’usage fréquentes,
  • Savoir expliquer, accompagner et sécuriser les patientes dans leur autonomie.

Découvrez notre programme “Rééducation pelvi-périnéale : les essentiels

Notre formation “Les Essentiels” s’adresse aux kinésithérapeutes souhaitant acquérir une base clinique rigoureuse en pelvi-périnéologie. Elle intègre une approche progressive de la prise en charge, des apports actualisés sur les troubles périnéaux, et un volet spécifique sur les outils et dispositifs utilisés en cabinet, dont les sondes connectées.

Vous y apprendrez :

  • À choisir l’outil le plus adapté selon la pathologie, le contexte, et la patiente,
  • À intégrer le biofeedback, les outils connectés, et les techniques manuelles dans un protocole complet,
  • À développer votre posture de thérapeute éclairé, capable de guider avec justesse dans un univers numérique en pleine évolution.