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La sécheresse vaginale constitue un motif de consultation fréquent, pourtant souvent sous-diagnostiqué en raison de son caractère tabou. Pour le professionnel de santé prenant en charge la sphère pelvi-périnéale, savoir identifier cette problématique, en comprendre les mécanismes et proposer une prise en charge adaptée est essentiel.

Rappel physiologique

Le vagin est un organe naturellement chaud et humide. Lorsqu’une sécheresse s’installe, il conserve sa chaleur mais perd son humidité physiologique. Cette modification de l’environnement vaginal génère une symptomatologie caractéristique : sensation d’irritation, gêne et inconfort au niveau de la sphère pelvienne.

Étiologies de la sécheresse vaginale

Causes hormonales

Les variations hormonales représentent une cause majeure de sécheresse vaginale, notamment dans deux contextes cliniques :

Le post-partum : la carence œstrogénique associée à l’imprégnation par la prolactine (particulièrement en cas d’allaitement) entraîne une diminution de la lubrification vaginale.

La ménopause : la carence œstrogénique physiologique conduit à une atrophie vaginale progressive et à une sécheresse installée.

Causes iatrogènes

Plusieurs contextes médicaux peuvent induire ou aggraver une sécheresse vaginale :

  • Les traitements antidépresseurs
  • Les traitements oncologiques
  • Les suites de chirurgie pelvienne
  • La ménopause chirurgicale (post-hystérectomie avec annexectomie)

Retentissement clinique

Au-delà de l’inconfort local, la sécheresse vaginale peut avoir des répercussions sur :

  • La sphère urinaire (urgenturies, inconfort mictionnel)
  • La sexualité (dyspareunie, évitement des rapports)
  • La qualité de vie globale

Point clé pour le praticien : il est important d’aborder systématiquement ce sujet lors du bilan, d’identifier les patientes concernées et de les accompagner vers des solutions adaptées.

Options thérapeutiques

Traitements non hormonaux : les lubrifiants

Trois catégories de lubrifiants existent, chacune avec ses spécificités :

Lubrifiants à base d’eau : bonne tolérance et facilité d’utilisation, mais durée d’action limitée dans le temps.

Lubrifiants à base de silicone : texture agréable, mais contiennent souvent du glycol. Ce composant n’est pas recommandé pour la fertilité (effet spermicide potentiel) et peut favoriser les infections bactériennes vaginales.

Lubrifiants à base d’huile : effet prolongé et confort notable, mais incompatibilité avec les préservatifs (risque de rupture).

Recommandations de l’OMS pour les lubrifiants :

  • pH compris entre 3 et 5
  • Formulation sans parabène
  • Absence de glycol

Traitements hormonaux locaux

L’hormonothérapie locale à base d’œstrogènes constitue une option thérapeutique efficace. Elle se décline sous plusieurs formes galéniques :

  • Crèmes vaginales
  • Ovules
  • Anneaux intravaginaux (libération prolongée)

Ces traitements permettent une lubrification plus durable que les lubrifiants simples.

Points de vigilance :

  • Prescription médicale obligatoire (contre-indications à évaluer)
  • Importance de l’observance pour maintenir une bonne trophicité vaginale
  • Dans le contexte de la ménopause, le traitement doit être poursuivi au long cours (absence de production endogène d’œstrogènes)
  • Une hormonothérapie systémique (orale) ne dispense pas toujours d’un traitement local, parfois nécessaire en complément

Acide hyaluronique

Les topiques à base d’acide hyaluronique constituent une alternative ou un complément aux autres traitements. Ils permettent :

  • L’hydratation du vagin
  • La restauration de l’élasticité et de la souplesse tissulaire
  • L’amélioration de la capacité d’étirement vaginal

Ces produits peuvent être associés à l’hormonothérapie locale et/ou aux lubrifiants.

Place de la rééducation périnéale

La rééducation périnéale s’intègre pleinement dans la prise en charge de la sécheresse vaginale, en complément des traitements locaux.

Mécanismes d’action

Le muscle périnéal entoure le vagin. Sa contraction et sa mobilité participent à la vasodilatation locale, favorisant ainsi la lubrification vaginale. Une bonne fonction périnéale contribue donc à l’hydratation naturelle des tissus.

Axes de travail en rééducation

  • Conscience périnéale : permettre à la patiente de percevoir et de mobiliser son périnée
  • Travail musculaire : contractions, relâchement, coordination
  • Techniques manuelles : étirements et massage périnéal, contribuant à améliorer la trophicité vaginale

Approche multimodale

La rééducation périnéale ne se substitue pas aux traitements (hormonaux ou non hormonaux), mais s’y associe dans une approche complémentaire. Cette combinaison thérapeutique vise à :

  • Restaurer le confort vaginal
  • Réduire les symptômes urinaires associés (notamment les urgenturies)
  • Améliorer le confort lors de la sexualité, particulièrement lors de la pénétration
Distanciel
Nouveau
Aborder la sexualité en périnéologie
560€ TTC
financement
FIFPL
durée
 14 heures  (2.00 jours)
lieu
En ligne
Laurence Montella-Lefort
Laurence Montella-Lefort
Kinésithérapeute et Sexothérapeute

Points clés à retenir

La prise en charge de la sécheresse vaginale repose sur une approche combinée associant, selon les besoins de la patiente :

  1. Des adjuvants non hormonaux (lubrifiants) avec attention portée à leur composition
  2. Une hormonothérapie locale si indiquée et non contre-indiquée
  3. Des topiques à base d’acide hyaluronique
  4. Une rééducation périnéale visant à optimiser la fonction musculaire et la trophicité locale

L’association de ces différentes modalités thérapeutiques permet d’obtenir les meilleurs résultats en termes de santé vaginale et de qualité de vie.