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Depuis mai 2021, la France dispose d’une recommandation de bonne pratique HAS dédiée au prolapsus génital de la femme — la reco329, publiée dans la foulée des restrictions sur les prothèses vaginales. Ce texte redéfinit l’ordre des priorités thérapeutiques et place le pessaire en première intention pour toutes les patientes symptomatiques, quel que soit l’âge et le stade. La rééducation périnéale y conserve une place précise, mais strictement cadrée. La RBP HAS reco364 de mars 2023 complète ce dispositif pour la prise en charge des complications de la chirurgie prothétique. Pour le kinésithérapeute et la sage-femme, ces textes fixent le périmètre d’action, les outils validés et les limites à respecter — et ils alignent la pratique française sur un niveau de preuves EBM rigoureux.

La RBP HAS 2021 en trois messages clés

La recommandation de bonne pratique HAS Prolapsus génital de la femme — Prise en charge thérapeutique (reco329, validée le 6 mai 2021, publiée le 9 juin 2021) a été élaborée en partenariat avec l’AFU, le CNGOF, la SIFUD-PP, la SNFCP et la SCGP. Elle reste en 2026 la RBP HAS la plus récente couvrant le champ pelvi-périnéal. Trois messages structurent la pratique.

1. Le pessaire est systématiquement proposé en première intention à toutes les patientes présentant un prolapsus symptomatique, quels que soient l’âge et le stade. Ce n’est pas une option parmi d’autres, c’est la première ligne thérapeutique.

2. La rééducation périnéale est recommandée dans le prolapsus modéré (essentiellement stades < 3 selon POP-Q ou classification Baden-Walker équivalente). Elle peut être associée au pessaire. Elle est réalisée par un kinésithérapeute ou une sage-femme.

3. Les mesures hygiéno-diététiques sont systématiques et parallèles — correction du surpoids, activité physique, régime équilibré, prise en charge de la constipation, éducation au port de charges. Elles ne sont pas accessoires.

L’orientation chirurgicale intervient en cas de handicap persistant malgré le traitement conservateur bien conduit.

100% pratique
Pratique à la pose de pessaires
275€ TTC
financement
FIFPL - kinés uniquement
durée
7 heures (sur 1 jour)
lieu
Paris (Deskeo Place de Clichy ou République)
Sandrine Galliac Alanbari
Sandrine Galliac Alanbari
Kinésithérapeute DE avec une spécificité en pelvi-périnéologie

Le pessaire en première intention, pour toutes

 

2.1 Une recommandation explicite et sans conditions de stade

La HAS 2021 écrit : « Il est recommandé de proposer la pose d’un pessaire en première intention à toutes les patientes présentant un prolapsus génital symptomatique, quels que soient leur âge et le stade du prolapsus. »

Cette formulation est importante par ce qu’elle exclut. Elle n’invite pas à réserver le pessaire aux patientes fragiles, âgées ou refusant la chirurgie. Elle l’érige en première étape du parcours, quel que soit le profil clinique de la patiente. Le kinésithérapeute et la sage-femme sont donc amenés, dans leur pratique quotidienne, à croiser des patientes qui devraient avoir bénéficié d’une consultation pessaire avant toute autre intervention.

 

2.2 Qui pose les pessaires ?

Les praticiens autorisés à poser les pessaires sont le gynécologue, le médecin généraliste formé, la sage-femme (compétence inscrite dans le décret d’acte) et, dans certaines configurations en cours de clarification, le kinésithérapeute diplômé sur la base d’une formation spécifique. La HAS ne restreint pas la profession à l’acte médical, elle en conditionne l’exercice à la compétence formée.

Concrètement, cela ouvre un champ d’activité pertinent pour la sage-femme libérale et pour le kinésithérapeute qui complète sa compétence par une formation dédiée à la pratique des pessaires. Hey Lilie propose aussi un guide prolapsus et pessaires × Gyneas élaboré avec le partenaire industriel référent sur les pessaires en France.

 

2.3 Choix du modèle et suivi

Le choix du modèle (anneau, cube, donut, Gellhorn, Gehrung) dépend du type de prolapsus, du stade, de la morphologie vaginale, de la tonicité des releveurs et des préférences de la patiente. Il n’existe pas de pessaire universel. L’essai initial se fait en consultation dédiée, avec mesure, test du maintien en position debout et à l’effort (toux, Valsalva). Le détail des modèles et de leurs indications est repris dans le guide pratique comment prescrire un pessaire.

Le suivi préconisé est au minimum semestriel, plus fréquent selon le modèle et la tolérance. Il comporte le retrait, le nettoyage, l’examen vaginal à la recherche d’ulcération ou d’infection, et la réévaluation du confort.

2.4 Le pessaire n’est pas une alternative, c’est une complémentarité

L’un des contresens fréquents consiste à opposer le pessaire et la rééducation. La HAS 2021 est claire : les deux peuvent être associés, en particulier dans le prolapsus modéré. Le pessaire maintient la statique pelvienne, la rééducation entretient et renforce le plancher pelvien. La patiente bénéficie souvent des deux en parallèle, avec des durées et des rythmes propres à chaque outil.

La rééducation périnéale dans le prolapsus modéré

3.1 L’indication recommandée

La HAS 2021 indique : « La rééducation périnéale améliore les symptômes du prolapsus (sensation de pesanteur pelvienne), les symptômes associés (incontinence urinaire ou anale, urgences urinaires ou anales, troubles de la vidange vésicale ou rectale), la qualité de vie et le confort des femmes. » Elle est recommandée dans les prolapsus modérés (stades 1 et 2 en majorité, stade 3 dans certains cas sélectionnés et en association au pessaire).

3.2 Qui réalise la rééducation ?

Le kinésithérapeute et la sage-femme sont les deux professionnels recommandés par la HAS pour la prise en charge rééducative. La sage-femme intervient majoritairement dans le post-partum et le suivi gynécologique de prévention ; le kinésithérapeute prend en charge la rééducation périnéo-sphinctérienne prescrite en cotation AMK 8, y compris chez la femme ménopausée ou à distance du post-partum.

3.3 Bilan initial

La HAS demande que la prise en charge rééducative débute par un bilan diagnostic kinésithérapique (BDK) individualisé, pour adapter le protocole à la situation clinique. Le webinar mener un bilan en périnéologie détaille la méthodologie reprise par les équipes Hey Lilie. Ce bilan inclut :

  • évaluation de la force, de l’endurance et du timing des releveurs (testing PERFECT ou équivalent) ;
  • évaluation des symptômes associés (IU, IA, troubles de vidange, douleurs) ;
  • évaluation de la statique pelvienne globale (diastase abdominale, posture, chaîne musculaire) ;
  • recueil des habitudes de vie (port de charges, constipation, IMC, activité physique).

3.4 Techniques validées et techniques non retenues

La rééducation du prolapsus repose sur :

  • le renforcement du plancher pelvien (PFMT) : exercices de contraction volontaire, travail du timing à l’effort (the knack), coordination avec l’abdominal, exercices en posture debout fonctionnelle ;
  • l’apprentissage d’une auto-rééducation quotidienne à domicile, qui conditionne la pérennité du résultat ;
  • le biofeedback comme outil pédagogique chez les patientes qui ont une mauvaise conscience musculaire initiale (cohérent avec la Cochrane Fernandes 2025 qui ne démontre pas d’effet ajouté au PFMT bien conduit, mais confirme l’utilité pour l’apprentissage moteur) — voir sondes connectées et biofeedback.

À l’inverse, la HAS 2021 écarte explicitement certaines techniques : « Pas d’intérêt démontré de l’électrostimulation à domicile, du laser ou de la radiofréquence » dans le prolapsus. Ces outils relèvent d’un marketing industriel qui n’est pas soutenu par les preuves.

3.5 Rythme et durée

La HAS 2021 ne fige pas un nombre de séances, mais renvoie à la recommandation HAS 2000 sur la rééducation périnéo-sphinctérienne pour le cadre général (10 à 15 séances en première intention, renouvelables si efficacité démontrée — cadre en vigueur en attendant l’actualisation par les travaux HAS/AFU/CNGOF/SCGP/SIFUD-PP 2025-2026). Une réévaluation intermédiaire autour de la 5-6ème séance permet d’ajuster le protocole et de statuer sur la poursuite.

Mesures hygiéno-diététiques et éducation thérapeutique

La HAS 2021 souligne que les mesures hygiéno-diététiques ne sont pas un supplément optionnel, mais un pilier systématique de la prise en charge. Elles s’appliquent indépendamment du choix thérapeutique principal (pessaire, rééducation ou chirurgie).

 

4.1 Correction du surpoids

L’IMC élevé est un facteur de pression intra-abdominale. Une perte de poids progressive est associée à une amélioration des symptômes du prolapsus et à une réduction du risque de récidive après chirurgie.

 

4.2 Activité physique adaptée

L’activité physique régulière, d’intensité modérée, avec un volet de renforcement global (membres inférieurs, abdominaux profonds, posture), améliore la statique pelvienne et soutient le résultat du PFMT. Les activités à fort impact ou entraînant des pressions importantes (haltérophilie, sauts répétés, sports à bondissement) sont à discuter au cas par cas.

 

4.3 Prise en charge de la constipation

La constipation chronique, par la répétition des efforts de poussée, aggrave la descente des organes. L’éducation alimentaire (fibres, hydratation), la régulation du transit, le positionnement adapté lors de la défécation et, si besoin, le traitement médical de la constipation, sont inclus dans la prise en charge du prolapsus.

 

4.4 Éducation au port de charges

Le port de charges lourdes, fréquent dans certaines activités professionnelles (aide à domicile, petite enfance, manutention) ou domestiques, augmente la pression intra-abdominale. L’éducation posturale (fléchir les genoux, garder le dos droit, contracter le périnée à l’effort — the knack) est une compétence que le kinésithérapeute intègre systématiquement à la prise en charge.

4.5 Arrêt du tabac

La toux chronique liée au tabagisme est un facteur mécanique répétitif de pression abdominale. L’accompagnement au sevrage, y compris via une orientation vers le médecin traitant ou un tabacologue, fait partie intégrante du parcours.

Quand passer à la chirurgie et quelle place pour la HAS 2023

 

5.1 L’indication chirurgicale selon la HAS 2021

La chirurgie est indiquée en cas de handicap persistant avec le traitement conservateur bien conduit. L’échec du pessaire (inconfort, expulsion, intolérance) et de la rééducation, chez une patiente dont les symptômes altèrent la qualité de vie, oriente vers la consultation spécialisée.

Les techniques chirurgicales recommandées varient selon le compartiment (antérieur, apical, postérieur) :

  • Prolapsus antérieur ou apical : promontofixation par voie cœlioscopique, avec mise en place de prothèse, qui reste la technique de référence.
  • Prolapsus postérieur (rectocèle) : voie vaginale autologue sans prothèse en première intention, conformément aux restrictions sur les prothèses vaginales.

 

5.2 La HAS 2023 (reco364) : encadrement des complications des prothèses

La recommandation HAS reco364 du 16 mars 2023 Complications de la chirurgie avec prothèse de l’incontinence urinaire d’effort et du prolapsus génital de la femme a été élaborée à la demande du ministère de la Santé, suite au recensement des complications liées aux prothèses vaginales. Elle impose :

  • une information renforcée des patientes candidates à la chirurgie prothétique avant la décision ;
  • un parcours spécialisé obligatoire en cas de complication (douleur pelvienne post-chirurgicale, érosion vaginale, dyspareunie, dysurie) avec orientation vers des centres référents capables d’ablation ou de révision ;
  • une traçabilité des dispositifs implantés.

Pour le kinésithérapeute et la sage-femme, cela signifie qu’une patiente qui présente des douleurs pelvi-périnéales ou une dyspareunie inexpliquée après chirurgie prothétique doit systématiquement être réorientée vers une filière spécialisée avant toute rééducation. Le rôle du kiné ou de la sage-femme n’est pas de rattraper une complication prothétique par une rééducation périnéale : c’est de la repérer et de la faire prendre en charge. Cette filière peut être organisée en pratique via des agendas partagés type Doctolib pour accélérer la prise de rendez-vous en centre référent.

Classification POP-Q et protocole détaillé par stade

La classification POP-Q (Pelvic Organ Prolapse Quantification) de l’International Continence Society est le standard international de cotation du prolapsus. Elle mesure 6 points anatomiques (Aa, Ba, C, Ap, Bp, D) par rapport à l’hymen lors d’un effort de Valsalva maximal, en position allongée. Le point le plus extériorisé définit le stade.

 

6.1 Les 4 stades POP-Q

Stade Définition (position / hymen) Clinique Conduite HAS 2021
Stade 0 Pas de descente Asymptomatique Pas de prise en charge — éducation hygiéno-diététique si facteurs de risque
Stade 1 Point le plus descendu > 1 cm au-dessus de l’hymen Pesanteur intermittente, symptômes associés (IUE, urgenturie) Rééducation périnéale en 1re intention si symptômes. Pessaire proposé si gêne persistante.
Stade 2 Entre -1 cm et +1 cm par rapport à l’hymen Sensation de boule, troubles mictionnels/défécatoires Pessaire en 1re intention + rééducation associée. Mesures hygiéno-diététiques systématiques.
Stade 3 Point le plus descendu > +1 cm au-delà de l’hymen, sans extériorisation totale Gêne marquée, retentissement qualité de vie Pessaire en 1re intention. Rééducation associée au cas par cas (pas en substitution). Orientation chirurgicale si handicap persistant.
Stade 4 Extériorisation complète (éversion totale du vagin) Handicap majeur, souvent lésions cutanées Consultation chirurgicale prioritaire. Pessaire si refus ou contre-indication chirurgicale. Rééducation péri-opératoire.

6.2 Protocole rééducatif par stade

Stade 1 — Prolapsus minime symptomatique

  • Objectif : entretien du plancher pelvien, correction de la posture, éducation au knack.
  • Fréquence : 10 séances kiné + programme auto-rééducation quotidien à domicile.
  • Techniques : PFMT progressif (5-10 contractions maintenues 6-8 s + 10 contractions rapides, 3 séries/j), biofeedback pédagogique en début de prise en charge si mauvaise conscience musculaire (sonde connectée Perifit pour le travail quotidien à domicile).
  • Réévaluation : S5 (subjectif + testing PERFECT + auto-questionnaire qualité de vie type PFIQ-7 ou PFDI-20).

Stade 2 — Prolapsus modéré

  • Objectif : optimisation de la statique pelvienne en association au pessaire. Prévenir l’aggravation, améliorer la qualité de vie.
  • Fréquence : 15 séances kiné + auto-rééducation quotidienne.
  • Techniques :
    • PFMT intensif (contractions maintenues 8-10 s, 3×12 par séance) avec progression posturale (décubitus → assis → debout → effort fonctionnel simulé) ;
    • apprentissage du knack systématique avant effort (toux, port, rire, éternuement) ;
    • biofeedback avec objectifs chiffrés (amplitude, timing, endurance) pour l’auto-rééducation ;
    • éducation hygiéno-diététique approfondie (régulation transit, posture de défécation, IMC, sevrage tabac).
  • Coordination : avec le praticien poseur du pessaire (gynécologue ou sage-femme) pour le suivi conjoint. Partage de compte-rendu écrit via Doctolib ou circuit équivalent.
  • Réévaluation : S7-S8 (testing PERFECT, tolérance pessaire, qualité de vie).

Stade 3 — Prolapsus sévère

  • Contexte : pessaire en 1re intention, rééducation au cas par cas si le pessaire suffit à stabiliser les symptômes et si la patiente tolère le port.
  • Si chirurgie planifiée : programme pré-opératoire (3-5 séances) pour optimiser la conscience du plancher pelvien, préparer la patiente à l’auto-rééducation post-opératoire, et éduquer sur le knack et la gestion des pressions ; programme post-opératoire à partir de S6-S8 post-op (sous accord chirurgien) pour réaliser un renforcement progressif sans solliciter prématurément les sutures ou la prothèse.
  • Objectif post-op : récupération fonctionnelle, prévention de la récidive par renforcement du plancher pelvien et éducation hygiéno-diététique.
  • Piège à éviter : engager une rééducation intensive sans pessaire chez une patiente stade 3 symptomatique au motif que « elle ne veut pas du pessaire » — documenter alors la décision éclairée dans le compte-rendu et informer le prescripteur.

Stade 4 — Prolapsus extériorisé

  • Prise en charge prioritaire chirurgicale, sauf contre-indication.
  • Rôle kiné : évaluation pré-opératoire, éducation au knack, préparation à l’auto-rééducation post-op. Post-op : récupération fonctionnelle progressive à partir de S6-S8 après accord chirurgien.
  • Ne pas proposer de rééducation seule en pensant résoudre un stade 4 — ce n’est pas l’indication des textes.

 

6.3 Matrice synthétique pessaire × rééducation par stade

Stade POP-Q Pessaire Rééducation Chirurgie
Stade 1 Proposable si gêne 1re intention si symptômes Non indiquée
Stade 2 1re intention systématique Associée au pessaire Si échec du conservateur bien conduit
Stade 3 1re intention systématique Associée si tolérance pessaire, au cas par cas À discuter si handicap persistant
Stade 4 Si refus ou contre-indication chirurgicale Péri-opératoire uniquement Prioritaire

6.4 Vignette clinique — Marion, 52 ans, prolapsus antérieur stade 2

Motif. Marion, mère de 3 enfants, ménopausée depuis 2 ans, consulte son kiné sur prescription « rééducation périnéale, 15 séances ». Elle décrit une sensation de boule vaginale apparue il y a 8 mois, aggravée en fin de journée, associée à une incontinence urinaire d’effort modérée (1-2 protections/j).

Bilan initial (S1).

  • POP-Q : Aa = 0 cm (au niveau de l’hymen), Ba = +1 cm (cystocèle stade 2), C = -6 cm, Ap/Bp = -3 cm, D = -7 cm. Prolapsus antérieur isolé, stade 2.
  • Testing PERFECT : Power 2/5, Endurance 3 s, Repetition 4, Fast 5.
  • Diastase abdominale = 2,5 doigts à l’ombilic (non pathologique).
  • Questionnaire PFDI-20 : 38/100 (gêne modérée à marquée).
  • IMC : 27,5. Tabagisme sevré depuis 6 ans. Constipation modérée (Bristol 2-3, 3 selles/semaine).

Orientation du parcours.

  1. Orientation gynécologue pour consultation pessaire — 1re intention HAS 2021. RDV obtenu à 3 semaines (réseau partagé Doctolib). Pessaire anneau avec support posé à S3, bien toléré à l’effort.
  2. Rééducation associée — 15 séances prévues (cadre HAS 2000 en vigueur).

Protocole kiné (S1-S15).

  • S1-S4 : apprentissage moteur avec biofeedback pédagogique (sonde connectée Perifit prêtée pour le travail à domicile), travail PFMT en décubitus. Éducation hygiéno-diététique : régulation transit (fibres, hydratation, posture repose-pieds), reprise activité physique modérée (marche 30 min/j, pilates 1×/semaine), pas d’efforts en apnée.
  • S5 : réévaluation intermédiaire. PERFECT Power 3/5, Endurance 5 s. PFDI-20 passé à 28/100. Pessaire confortable, patientèle des exercices à domicile observante (70 % des séances relevées sur Perifit).
  • S6-S10 : progression posturale (assis → debout → effort fonctionnel : montée d’escalier, port d’un panier 3 kg, simulation de toux). Apprentissage du knack systématique.
  • S10 : réévaluation. Power 3/5 stable, Endurance 7 s, Fast 8. PFDI-20 = 18/100. IUE disparue au quotidien, fuite minime lors d’un effort intense (course). Pessaire suivi à 6 mois, tolérance excellente.
  • S11-S15 : renforcement fonctionnel, transfert vers programme d’entretien à domicile (3×/semaine × 15 min), éducation à la reconnaissance des signes d’aggravation, consigne de reconsultation en cas de nouveaux symptômes.

Bilan à S15.

  • Diminution significative de la symptomatologie (PFDI-20 = 14/100).
  • Pessaire conservé, suivi semestriel par la gynécologue.
  • Programme d’auto-rééducation quotidien intégré au mode de vie (Perifit utilisé 2×/semaine).
  • Compte-rendu écrit transmis à la gynécologue et au médecin traitant.

Lecture HAS. Ce parcours respecte intégralement la RBP 2021 : pessaire proposé en 1re intention, rééducation en complément, mesures hygiéno-diététiques systématiques, techniques validées (PFMT + biofeedback pédagogique), coordination médicale documentée. Aucune technique écartée par la HAS (électrostimulation domicile, laser, radiofréquence) n’a été utilisée.

Niveau 2
Rééducation périnéale féminine : perfectionnement
830€ TTC
financement
FIFPL - kinés uniquement
durée
21 heures (sur 3 jours)
lieu
23 rue de la Chine 75020 Paris
Sandrine Galliac Alanbari
Sandrine Galliac Alanbari
Kinésithérapeute DE avec une spécificité en pelvi-périnéologie

Arbre décisionnel kiné face à un prolapsus

 

Étape 1 — Identifier le prolapsus

Le kinésithérapeute ne pose pas le diagnostic de prolapsus — c’est un diagnostic médical (gynécologue, médecin traitant, sage-femme). En revanche, il peut repérer des signes évocateurs au bilan : pesanteur pelvienne, sensation de « boule » vaginale, dysurie, dyschésie, incontinence d’effort associée.

Étape 2 — Vérifier la cohérence avec la HAS 2021

Cinq situations cliniques guident la décision thérapeutique, toutes lues à travers le prisme de la RBP 2021.

  • Prolapsus diagnostiqué, aucun pessaire essayé — Orientation vers un gynécologue ou une sage-femme formée pour consultation pessaire (1re intention HAS 2021).
  • Prolapsus modéré avec pessaire en place — Rééducation périnéale indiquée en complément, protocole PFMT associé à l’éducation hygiéno-diététique.
  • Prolapsus modéré sans pessaire accepté par la patiente — Rééducation seule possible, mais documenter le choix éclairé de la patiente après information sur la recommandation de 1re intention.
  • Prolapsus sévère (stade 3 ou plus) symptomatique — Orientation chirurgicale. Rééducation pré et post-opératoire au cas par cas.
  • Douleur pelvienne après chirurgie prothétique — Filière spécialisée obligatoire (HAS 2023 reco364) avant toute intervention kiné.

Le webinar Gyneas × Hey Lilie sur le prolapsus développe cet arbre décisionnel en situation clinique.

Étape 3 — Bilan kinésithérapique initial

  • Testing PERFECT des releveurs.
  • Recherche d’une diastase abdominale associée.
  • Évaluation de la posture et de la chaîne abdominale profonde.
  • Recueil des habitudes de vie (port de charges, transit, IMC, activité physique, tabagisme).

Étape 4 — Protocole type

10 à 15 séances (cadre HAS 2000 en vigueur, à confirmer par l’actualisation 2025-2026) incluant :

  • PFMT avec progression en posture (allongée → assise → debout → effort fonctionnel) ;
  • apprentissage du knack (contraction anticipatoire avant effort) ;
  • éducation à l’auto-rééducation à domicile ;
  • éducation hygiéno-diététique.

Réévaluation à S5-S6 : amélioration subjective, force PERFECT, qualité de vie. Poursuite jusqu’à S15 si bénéfice. Transition vers programme d’entretien à domicile ensuite.

Ce qui n’est pas recommandé — éviter les erreurs courantes

 

8.1 Ne pas substituer la rééducation au pessaire

Proposer la rééducation comme première et unique intention, sans au minimum informer la patiente de la recommandation HAS 2021 sur le pessaire, est une posture qui s’éloigne des textes. La patiente doit être informée que la 1re intention est le pessaire, et que la rééducation est un complément ou une alternative choisie en cas de refus.

 

8.2 Ne pas promettre la rééducation préventive chez la femme asymptomatique

Il n’existe pas de donnée soutenant la rééducation périnéale comme outil de prévention du prolapsus chez la femme asymptomatique, y compris en post-partum (RPC CNGOF 2015) ou à la ménopause. La promesse « la rééducation empêchera votre prolapsus » n’est pas soutenue par les textes. Voir aussi notre état de l’art sur la rééducation périnéale à la ménopause.

 

8.3 Ne pas utiliser de technique écartée par la HAS

L’électrostimulation à domicile, le laser vaginal et la radiofréquence sont explicitement écartés pour le traitement du prolapsus par la HAS 2021. Leur proposition en cabinet, à titre payant, n’est pas alignée avec les recommandations.

 

8.4 Ne pas traiter seul une complication prothétique

Face à une douleur pelvienne, une dyspareunie ou une altération fonctionnelle après chirurgie prothétique, la HAS 2023 exige une orientation en filière spécialisée. Le kinésithérapeute n’est pas l’échelon de prise en charge initial.

 

8.5 Ne pas ignorer la coordination médicale

Le prolapsus s’inscrit dans une prise en charge pluridisciplinaire — gynécologue, sage-femme, médecin traitant, kinésithérapeute, chirurgien le cas échéant. Travailler isolément, sans compte-rendu écrit au prescripteur, ne respecte ni la déontologie ni les recommandations.

Points clés à retenir

  • Pessaire = 1re intention HAS 2021 pour toute patiente avec prolapsus symptomatique, quels que soient l’âge et le stade.
  • Rééducation indiquée dans le prolapsus modéré (stades 1-2), associable au pessaire. Kiné ou sage-femme.
  • Techniques écartées par la HAS 2021 : électrostimulation à domicile, laser vaginal, radiofréquence.
  • Mesures hygiéno-diététiques systématiques : poids, activité physique, constipation, port de charges, tabac.
  • Chirurgie : handicap persistant avec traitement conservateur. Promontofixation cœlioscopique en référence pour les compartiments antérieur/apical.
  • HAS 2023 reco364 : filière spécialisée obligatoire pour les complications prothétiques.
  • Pas de rééducation préventive chez la femme asymptomatique — aucune donnée ne soutient cette promesse.

Que dit la RBP HAS 2021 sur la prise en charge du prolapsus génital ?

La recommandation de bonne pratique HAS Prolapsus génital de la femme — Prise en charge thérapeutique (reco329, publiée en juin 2021) structure la pratique autour de trois messages clés.

Le pessaire est la première intention systématique, à proposer à toutes les patientes présentant un prolapsus symptomatique, quels que soient leur âge et leur stade. Ce n’est pas une option réservée aux patientes fragiles ou âgées : c’est la première ligne thérapeutique du parcours.

La rééducation périnéale est recommandée dans le prolapsus modéré (stades 1 et 2 majoritairement, stade 3 sélectionné en association au pessaire). Elle est réalisée par un kinésithérapeute ou une sage-femme, à partir d’un bilan diagnostic kinésithérapique individualisé.

Les mesures hygiéno-diététiques sont systématiques et parallèles : correction du surpoids, activité physique adaptée, prise en charge de la constipation, éducation au port de charges, arrêt du tabac. Elles ne sont pas accessoires, elles font partie intégrante du traitement.

La chirurgie intervient en dernier recours, en cas de handicap persistant malgré un traitement conservateur bien conduit. La HAS 2023 (reco364) complète ce dispositif pour encadrer les complications des prothèses vaginales.

Quelle est la place de la rééducation périnéale et quelles techniques sont validées ou écartées ?

La rééducation périnéale est indiquée dans le prolapsus modéré (stades POP-Q 1-2, stade 3 au cas par cas en association au pessaire). Elle améliore les symptômes du prolapsus (pesanteur pelvienne), les symptômes associés (incontinence urinaire ou anale, urgences, troubles de vidange) et la qualité de vie.

Techniques validées par la HAS 2021 :

  • PFMT (Pelvic Floor Muscle Training) : contractions volontaires progressives, travail du timing à l’effort (the knack), coordination avec l’abdominal, progression posturale (décubitus → assis → debout → effort fonctionnel)
  • Apprentissage d’une auto-rééducation quotidienne à domicile, qui conditionne la pérennité du résultat
  • Biofeedback comme outil pédagogique en début de prise en charge chez les patientes ayant une mauvaise conscience musculaire (cohérent avec la Cochrane Fernandes 2025)

Techniques explicitement écartées : l’électrostimulation à domicile, le laser vaginal et la radiofréquence sont écartés par la HAS pour le traitement du prolapsus (« Pas d’intérêt démontré »). Leur proposition en cabinet, à titre payant, n’est pas alignée avec les recommandations.

Le cadre de prescription reste celui de la RBP HAS 2000 sur la rééducation périnéo-sphinctérienne (10-15 séances en première intention, renouvelables si efficacité démontrée), en attendant l’actualisation HAS/AFU/CNGOF/SCGP/SIFUD-PP 2025-2026.

Comment adapter la prise en charge au stade POP-Q ?

La classification POP-Q de l’International Continence Society est le standard international, avec 4 stades définis par rapport à l’hymen au Valsalva maximal.

Stade POP-Q Pessaire Rééducation Chirurgie
Stade 1 (> 1 cm au-dessus hymen) Proposable si gêne 1re intention si symptômes Non indiquée
Stade 2 (entre -1 et +1 cm) 1re intention systématique Associée au pessaire Si échec du conservateur
Stade 3 (> +1 cm, sans éversion) 1re intention systématique Associée au cas par cas si tolérance pessaire À discuter si handicap persistant
Stade 4 (éversion complète) Si refus/contre-indication chirurgicale Péri-opératoire uniquement Prioritaire

Protocole rééducatif type : 10 séances en stade 1, 15 séances en stade 2 avec progression posturale et knack systématique, auto-rééducation quotidienne à domicile, réévaluation intermédiaire à S5-S6 (testing PERFECT + qualité de vie PFDI-20). Pour les stades 3-4 orientés vers la chirurgie, la rééducation se fait en pré-opératoire (3-5 séances d’éducation motrice) et en post-opératoire à partir de S6-S8 après accord du chirurgien.

Piège à éviter : proposer une rééducation intensive seule à un stade 3 symptomatique en invoquant le refus du pessaire sans avoir documenté une information éclairée de la patiente

Qu'apporte la HAS 2023 (reco364) et quand orienter vers une filière spécialisée ?

La RBP HAS 2023 (reco364) Complications de la chirurgie avec prothèse de l’incontinence urinaire d’effort et du prolapsus génital de la femme a été élaborée à la demande du ministère de la Santé, suite au recensement des complications liées aux prothèses vaginales. Elle impose trois exigences.

Information renforcée des patientes candidates à la chirurgie prothétique avant la décision opératoire.

Parcours spécialisé obligatoire en cas de complication : douleur pelvienne post-chirurgicale, érosion vaginale, dyspareunie, dysurie. L’orientation se fait vers des centres référents capables d’ablation ou de révision prothétique.

Traçabilité des dispositifs implantés.

Pour le kinésithérapeute et la sage-femme, le message est clair : face à une patiente présentant des douleurs pelvi-périnéales ou une dyspareunie inexpliquée après chirurgie prothétique, la démarche est de repérer la complication et orienter en filière spécialisée, pas de tenter une rééducation. Leur rôle n’est pas de rattraper une complication prothétique — c’est de la faire prendre en charge au bon échelon.

Quelles sont les erreurs courantes à éviter dans la prise en charge du prolapsus ?

Cinq pièges, tous lus à travers le prisme de la RBP HAS 2021 et 2023.

Substituer la rééducation au pessaire. Proposer la rééducation comme seule première intention, sans informer la patiente de la recommandation HAS 2021 sur le pessaire, s’éloigne des textes. La patiente doit être informée que la 1re intention est le pessaire et que la rééducation est un complément ou une alternative choisie après refus éclairé.

Promettre une rééducation préventive chez la femme asymptomatique. Aucune donnée ne soutient la rééducation périnéale comme outil de prévention du prolapsus chez la femme asymptomatique, y compris en post-partum (RPC CNGOF 2015) ou à la ménopause. La promesse « la rééducation empêchera votre prolapsus » n’est pas fondée.

Utiliser des techniques écartées par la HAS. Électrostimulation à domicile, laser vaginal et radiofréquence sont explicitement écartés pour le traitement du prolapsus. Leur usage en cabinet, souvent à titre payant, n’est pas aligné avec les recommandations.

Traiter seul une complication prothétique. Face à une douleur ou une altération fonctionnelle après chirurgie prothétique, la HAS 2023 exige une orientation en filière spécialisée. Le kinésithérapeute n’est pas l’échelon de prise en charge initial.

Ignorer la coordination médicale. Le prolapsus s’inscrit dans une prise en charge pluridisciplinaire (gynécologue, sage-femme, médecin traitant, kinésithérapeute, chirurgien). Travailler isolément, sans compte-rendu écrit au prescripteur, ne respecte ni la déontologie ni les recommandations.

Bibliographie

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