La ménopause transforme le plancher pelvien, mais la rééducation périnéale n’en est pas la réponse unique. Entre les symptômes du syndrome génito-urinaire de la ménopause (SGUM), les modifications mécaniques du périnée, les troubles urinaires et les dyspareunies, le kinésithérapeute a un rôle réel — mais il s’inscrit dans une prise en charge pluridisciplinaire où la gynécologue, parfois la sexologue, et la patiente elle-même coordonnent les leviers. Cet article fait le point sur ce que la littérature soutient, ce qu’elle ne soutient pas, et comment le kiné spécialisé peut intervenir avec précision en 2026.
Ménopause et plancher pelvien : physiopathologie en 5 points
La ménopause (12 mois consécutifs d’aménorrhée) correspond à l’arrêt de la fonction ovarienne. La chute prolongée des œstrogènes modifie durablement les tissus pelvi-périnéaux — voir notre synthèse périménopause, ménopause et rééducation périnéale.
1. Atrophie de l’épithélium uro-génital à l’origine de la sécheresse vaginale, de la dyspareunie et d’une irritation uréthrale.
2. Remodelage du collagène et de l’élastine — fragilisation de la statique pelvienne.
3. Diminution du trophisme musculaire — perte de masse et de force avec l’âge.
4. Modification du microbiote vaginal — infections urinaires récidivantes plus fréquentes.
5. Effets secondaires cumulatifs — troubles du sommeil, prise de poids, sarcopénie, modifications posturales.
Cette physiopathologie multimodale explique pourquoi la rééducation ne peut pas être isolée : elle agit sur un seul des cinq axes.
Syndrome génito-urinaire de la ménopause (SGUM)
Terme proposé en 2014 par l’ISSWSH et la NAMS, adopté par la plupart des sociétés savantes européennes.
Les trois dimensions du SGUM
- Génitale : sécheresse, brûlures, prurit, irritation.
- Sexuelle : dyspareunie, saignements post-coïtaux, baisse du désir.
- Urinaire : urgenturies, dysurie, infections récidivantes, incontinence.
Prévalence et retentissement
Le SGUM toucherait 50 à 70 % des femmes ménopausées. Chronique et progressif sans traitement.
Place du kinésithérapeute
Le kiné n’établit pas le diagnostic du SGUM (ressort gynéco) mais est en première ligne pour repérer les plaintes lors du bilan.
Ce que la rééducation périnéale peut faire — niveau de preuve
Incontinence urinaire à la ménopause
La RBP HAS 2000 reste le texte applicable et s’étend à la ménopause : PFMT en première intention, grade A, 10 à 15 séances. En cours d’actualisation via trois notes de cadrage HAS labellisées 2025-2026. La Cochrane Dumoulin 2018 a confirmé ce niveau de preuve.
SGUM symptomatique sur le plancher pelvien
- Renforcement du plancher pelvien : réduction de la sévérité IU et urgenturies, particulièrement combiné à un traitement étiologique. Usage possible de sondes connectées type Perifit.
- Biofeedback : pas d’effet ajouté démontré au PFMT (Cochrane Fernandes 2025), utile comme outil d’adhésion.
- Thérapie manuelle et mobilisation tissulaire : bénéfice clinique rapporté sur les CPP associées au SGUM. Tecarthérapie explorée dans Indiba × Hey Lilie — ménopause avec les dispositifs Indiba.
- Électrostimulation : grade B HAS 2000 en cas de contraction volontaire faible (à confirmer par l’actualisation).
Dyspareunie : le kiné intervient après évaluation gynécologique
Traitement de première intention médical : œstrogènes locaux, ospémifène, lubrifiants. Dyspareunie persistante peut bénéficier d’une approche kinésithérapique ciblant hypertonie réflexe, désensibilisation, éducation à la reprise de l’activité sexuelle — en lien avec notre formation aborder la sexualité en périnéologie.
Prévention du prolapsus
Les données ne soutiennent pas cette promesse. La rééducation traite un prolapsus symptomatique (HAS reco329 2021, 1re intention stade < 3), pas la prévention chez la femme asymptomatique.
Ce qu’elle ne peut pas faire seule
Restaurer le trophisme épithélial
La rééducation agit sur le muscle, pas sur l’épithélium. Traitement étiologique = œstrogènes locaux, DHEA intravaginale, lubrifiants.
Traiter un SGUM sévère sans coordination
Le réflexe de coordination avec la gynécologue est systématique — pas optionnel.
Se substituer à l’évaluation du risque osseux et cardio-métabolique
Bilan gynécologique global, ostéo-densitométrie après 65 ans, activité physique adaptée.
Coordination avec la gynécologue et les autres soignants
Le parcours idéal
- Consultation gynécologique pour diagnostic SGUM et traitement local. Prise de RV via Doctolib facilite la boucle.
- Bilan kiné à 4-6 semaines du début du traitement médical.
- Rééducation ciblée sur 10-15 séances.
- Réévaluation à S6 et S10.
Les signaux d’alerte
- saignements vaginaux post-ménopausiques ;
- douleur pelvienne nouvelle ou majorée ;
- masse pelvienne palpée ;
- prolapsus stade 3+ ;
- suspicion de lésion cutanée.
La relation avec la sage-femme
Les sages-femmes sont autorisées à prendre en charge la ménopause physiologique (loi 2016, confirmée 2022).
Arbre décisionnel kiné à la ménopause
Étape 1 — Bilan d’entrée
Explorer symptômes urinaires, sexuels, périnéaux, traitement médical en cours, examen clinique (PERFECT, inspection vulvaire, recherche de prolapsus).
Étape 2 — Orientation
| Situation clinique dominante | Cadre réglementaire | Conduite kiné |
|---|---|---|
| IU symptomatique sans SGUM sévère | HAS 2000 grade A | PFMT 10-15 séances, coordination gynéco |
| IU + SGUM sévère non traité | HAS 2000 + diagnostic SGUM | Orientation gynéco pour traitement local avant rééducation |
| Dyspareunie post-ménopausique | Traitement médical 1re intention | Rééducation ciblée après stabilisation si hypertonie persistante |
| Prolapsus symptomatique stade < 3 | HAS reco329 2021 | Rééducation + pessaire |
| Prolapsus stade 3 ou plus | HAS reco329 2021 | Orientation chirurgicale, rééducation complémentaire possible |
| Pas de plainte, demande préventive | Hors cadre | Pas de rééducation systématique. Éducation et activité physique |
Étape 3 — Suivi
Réévaluation à la séance 6, poursuite 4-9 séances supplémentaires si réponse thérapeutique, fin avec programme d’entretien.
Compétences et formation requises
- Connaissance fine du SGUM.
- Expertise du bilan pelvi-périnéal chez patiente avec tissus fragilisés.
- Thérapie manuelle pelvi-périnéale.
- Compétence pessaire (HAS 2021).
- Éducation thérapeutique spécifique ménopause.
La formation Ménopause Hey Lilie construit ce socle sur 2 jours en approche pluridisciplinaire.
Points clés à retenir
- La ménopause transforme le plancher pelvien sur cinq axes.
- Le SGUM touche 50-70 % des femmes ménopausées, chronique et progressif.
- HAS 2000 grade A pour le PFMT dans l’IU (actualisation 2025-2026).
- Cochrane 2018 confirme le PFMT chez la femme ménopausée.
- La rééducation seule ne restaure pas le trophisme épithélial. Coordination gynéco-kiné systématique.
- Pas de rééducation préventive du prolapsus chez la femme asymptomatique.
Bibliographie
- Portman DJ, Gass ML. Genitourinary syndrome of menopause. Menopause. 2014;21(10):1063-1068. DOI:10.1097/GME.0000000000000329
- HAS. Prolapsus génital de la femme. Reco n° 329. 2021. has-sante.fr/jcms/p_3270984
- HAS. Bilans et techniques de rééducation périnéo-sphinctérienne (actualisation 2025-2026). 2000. has-sante.fr/jcms/c_271901
- HAS. Traitement de l’IUE — Note de cadrage. Avril 2026. has-sante.fr/jcms/p_3921747
- HAS. Diagnostic IU non neurologique — Note de cadrage. Déc. 2025. has-sante.fr/jcms/p_3700444
- Dumoulin C, et al. PFMT versus no treatment. Cochrane. 2018. DOI:10.1002/14651858.CD005654.pub4
- Fernandes ACNL, et al. Biofeedback for PFMT in women with urinary incontinence. Cochrane. 2025. DOI:10.1002/14651858.CD009252.pub2
- NICE. NG123. 2019. nice.org.uk/guidance/ng123
- SFE. Recommandations sur la prise en charge de la ménopause. 2021.
- CNOMK. Ménopause : activité physique et kinésithérapie. ordremk.fr