La périménopause est une zone grise. Les patientes consultent pour des fuites, des douleurs lors des rapports ou un inconfort pelvien, sans toujours faire le lien avec leurs bouleversements hormonaux. Pour le kinésithérapeute ou la sage-femme, savoir reconnaître le syndrome génito-urinaire de la ménopause (SGUM) et structurer une prise en charge adaptée change radicalement le vécu de cette transition. Voici les repères essentiels.
Périménopause, ménopause : poser les définitions
La terminologie prête souvent à confusion. Clarifions :
- Préménopause / périménopause : période de transition marquée par de grandes fluctuations hormonales liées à l’altération des fonctions ovariennes. Durée médiane d’environ 4 ans, avec des troubles du cycle plusieurs années avant l’arrêt définitif.
- Ménopause : phase définitive, diagnostiquée cliniquement après 12 mois consécutifs sans règles. Âge médian autour de 51 ans en France.
Sur le plan biologique, c’est la chute progressive puis l’arrêt de la production d’œstradiol et de progestérone, avec élévation compensatoire de la FSH et de la LH. En France, ce sont environ 14 millions de femmes qui sont concernées, pour une durée de vie post-ménopausique de plus de 30 ans en moyenne. Autant dire un enjeu de santé publique majeur — et un motif de consultation appelé à croître.
Le SGUM : un symptôme fréquent, un repérage insuffisant
Le syndrome génito-urinaire de la ménopause regroupe l’ensemble des symptômes vulvo-vaginaux et urinaires liés à la carence œstrogénique :
Symptômes génitaux
- sécheresse vaginale (50–60 % des femmes) ;
- dyspareunie (douleurs pendant les rapports) ;
- prurit, irritations, atrophie vulvo-vaginale.
Symptômes urinaires
- urgenturie par hyperactivité vesical
- incontinence urinaire d’effort
- infections urinaires récidivantes.
Trois points clés pour la pratique. D’abord, ces symptômes s’aggravent sans prise en charge : l’atrophie vulvo-vaginale est progressive et, non traitée, irréversible. Ensuite, ils retentissent lourdement sur la qualité de vie : baisse de la libido (30–50 % des femmes), évitement, impact sur la vie de couple et l’estime de soi. Enfin, ils sont massivement sous-diagnostiqués, car peu de patientes osent les évoquer spontanément. Le rôle du praticien est donc d’ouvrir la porte.
Évaluer avant d’agir : la boîte à outils du bilan
Une prise en charge efficace commence par une évaluation structurée et globale. Les outils validés ne manquent pas :
- échelles symptomatiques : Menopause Rating Scale (MRS), Greene Climacteric Scale, MENQoL pour la qualité de vie ;
- évaluation du SGUM : questionnaires DIVA, Vaginal Health Index (VHI), Female Sexual Function Index (FSFI), examen de la trophicité et du pH vaginal ;
- bilan urinaire : calendrier mictionnel sur 3 jours, ICIQ-UI SF, pad-test ;
- bilan du plancher pelvien : inspection, testing périnéal coté sur l’échelle d’Oxford modifiée (0–5),et testing de Jo Lackock. Ce bilan oriente la stratégie et fixe les objectifs, mesurables et réévalués (typiquement à 6 semaines, 3 mois, 6 mois).
Les leviers de prise en charge non médicamenteuse
Plusieurs approches fondées sur les preuves se combinent selon le profil :
- Rééducation périnéale : traitement de première intention de l’incontinence urinaire mixte (niveau de preuve élevé) et inhibition vésicale par électrostimulation, travail en biofeedback, renforcement et verrouillage à l’effort. Prise de conscience du périnée, par électrostimulation et en rééducation manuelle.
- Hydratants et lubrifiants vaginaux : soulagement symptomatique de la sécheresse et des dyspareunies.
- Activité physique adaptée : 150 min/semaine d’aérobie + renforcement, essentielles contre la sarcopénie et l’ostéoporose, avec un effet bénéfique documenté sur les symptômes.
- Éducation à la santé : rendre la patiente actrice de sa santé, point clé de l’observance et des résultats durables. À côté de ces piliers, les outils technologiques de régénération tissulaire suscitent un intérêt croissant.
Où se situe la técarthérapie dans ce paysage
La técarthérapie (radiofréquence 448 kHz) propose une approche complémentaire centrée sur la qualité du tissu. Là où la rééducation travaille la fonction musculaire, la radiofréquence vise la trophicité : stimulation du collagène, amélioration de la vascularisation, relance de la production d’acide hyaluronique et effet anti-inflammatoire. Les acteurs spécialisés en santé pelvienne comme Indiba ont développé des sondes intracavitaires dédiées à cet usage. Son intérêt est particulièrement discuté pour les patientes ne pouvant pas recevoir d’hormones (antécédent de cancer hormonodépendant, par exemple), où les alternatives non hormonales sont précieuses. Les premières données cliniques sont encourageantes (satisfaction élevée après quelques séances en gynécologie fonctionnelle), et des essais randomisés contrôlés sont en cours pour préciser sa place. À ce stade, elle s’envisage comme un adjuvant dans une prise en charge globale et pluridisciplinaire, jamais comme un substitut au suivi gynécologique.
La pluridisciplinarité, clé de voûte
Aucun professionnel ne couvre seul l’ensemble du tableau ménopausique. La prise en charge optimale articule kinésithérapeute (rééducation périnéale, posturale, musculaire), médecin et sage-femme (diagnostic, suivi, THM si indiqué), diététicien et psychologue. Le kiné qui possède une spécificité occupe une position charnière : il voit la patiente régulièrement, sur la durée, et peut coordonner l’orientation.