partager

La técarthérapie n’est pas nouvelle : kinésithérapeutes du sport et de l’appareil locomoteur l’utilisent depuis des années pour accélérer la récupération tissulaire. Son arrivée en santé pelvienne, notamment dans l’accompagnement de la ménopause, soulève une question légitime chez les praticiens : sur quoi repose-t-elle réellement, et que valent les premières preuves ? Décryptage du mécanisme et de l’état actuel de la recherche.

Técar : de quoi parle-t-on exactement ?

TECAR signifie Transfert d’Énergie Capacitive et Résistive. Il s’agit d’une thérapie par radiofréquence qui délivre, via des électrodes, un courant électromagnétique à une fréquence fixe et stabilisée de 448 kHz. Ce courant augmente les échanges ioniques au niveau cellulaire et peut produire deux types d’effets, selon les paramètres :

  • un effet thermique : l’élévation progressive de la température des tissus déclenche les réactions naturelles de régénération, de réparation et de vasodilatation ;
  • un effet de biostimulation cellulaire, démontré par la recherche moléculaire, qui peut s’obtenir sans chauffer significativement les tissus.

Deux modes de travail se complètent :ModeCible préférentielleIntérêt en santé pelvienne**Capacitif (CET)Tissus mous riches en électrolytes (muscles, tissus vasculaires et lymphatiques)Trophicité muqueuse, vascularisation superficielleRésistif (RET)**Tissus plus profonds, riches en fibres et en graisse (fascias, ligaments)Travail myofascial, structures de soutien C’est cette polyvalence — superficiel et profond — qui rend la technologie intéressante pour la sphère pelvi-périnéale. Les fabricants spécialisés comme INDIBA proposent d’ailleurs des sondes intracavitaires dédiées au travail en santé pelvienne.

Pourquoi la ménopause justifie cet intérêt

La carence œstrogénique de la ménopause affaiblit les structures de soutien périnéal : perte de tonicité et d’élasticité des muscles et fascias, diminution du soutien des organes pelviens, amincissement des muqueuses. Conséquences fréquentes : incontinence urinaire (environ 40 % des femmes ménopausées), prolapsus, dysfonctions de la statique pelvienne, et symptômes du syndrome génito-urinaire. La rééducation périnéale reste le traitement de première intention de l’incontinence urinaire d’effort et mixte, avec un niveau de preuve élevé (réduction de 50–70 % des fuites après 3 mois de rééducation assidue). La question posée par la técar est donc : peut-elle potentialiser cette rééducation en agissant sur la qualité du tissu, là où l’exercice agit sur la fonction musculaire ?

Les mécanismes décrits par la recherche

La littérature sur la radiofréquence 448 kHz, principalement issue des travaux liés à la technologie INDIBA, décrit plusieurs effets biologiques pertinents :

  • prolifération des fibroblastes et synthèse de collagène (types I et III), via le FGF-2 et le TGF-β (Hernández-Bule et al., 2014) ;
  • angiogenèse par activation du VEGF, améliorant circulation et oxygénation tissulaire ;
  • modulation de l’inflammation par régulation à la baisse de cytokines pro-inflammatoires (TNF-α, IL-6) et de la MMP-9, métalloprotéinase qui dégrade le collagène ;
  • prolifération et différenciation des cellules souches mésenchymateuses via la voie de signalisation MAPK/ERK1/2, contribuant à la régénération tissulaire.

En clair : là où la rééducation manuelle et instrumentale travaille la commande et la force musculaires, la radiofréquence viserait la qualité du substrat tissulaire — collagène, vascularisation, hydratation. Les deux approches sont donc conceptuellement complémentaires plutôt que concurrentes.

 

L’état des preuves cliniques : prometteur mais encore préliminaire Soyons rigoureux : le niveau de preuve de la técar en santé pelvienne n’atteint pas encore celui de la rééducation périnéale classique. Mais la recherche s’organise.

  • Des essais cliniques randomisés évaluent actuellement la TECAR (dispositif INDIBA 448 kHz à électrode vaginale/rectale) associée aux exercices du plancher pelvien dans l’incontinence urinaire d’effort et le syndrome de relâchement vaginal, contre groupe sham (essais référencés sur ClinicalTrials.gov, ex. NCT06788574 et NCT04612205). Le design — randomisé, avec comparateur placebo — est exactement ce que le terrain attendait.
  • Côté gynécologie fonctionnelle, les données présentées au GINEP 2022 rapportent une satisfaction élevée des patientes après 6 séances (75 % se sentent « mieux ou beaucoup mieux », 88 % satisfaites des résultats vaginaux).

Conclusion provisoire : un faisceau d’arguments mécanistiques solides, des premiers résultats cliniques favorables sur la satisfaction et les symptômes, et des essais contrôlés en cours pour consolider le niveau de preuve. Le praticien avisé l’intègre comme outil complémentaire, en restant attentif aux publications à venir.

Nouveau
Ménopause : de l’éducation à la rééducation
560€ TTC
financement
FIFPL - kinés uniquement
durée
14 heures (sur 2 jours)
lieu
Paris (Deskeo Place de Clichy ou République)
Frédérique Fitoussi-Soussen
Frédérique Fitoussi-Soussen
Kinésithérapeute DE avec une spécificité en pelvi-périnéologie

Comment l’intégrer en pratique

La técar ne remplace pas le raisonnement clinique. Elle s’inscrit dans une séquence :

1. bilan périnéal rigoureux (testing selon l’échelle d’Oxford, calendrier mictionnel, questionnaires validés type ICIQ-UI SF) ;

2. rééducation active : prise de conscience, biofeedback, électrostimulation, renforcement et intégration fonctionnelle (verrouillage à l’effort) ;

3. adjuvant técar ciblé sur la trophicité tissulaire et le confort, notamment chez les patientes en carence œstrogénique non substituée ;

4. exercices à domicile et éducation thérapeutique pour pérenniser les résultats. L’enjeu de formation est double : maîtriser la rééducation périnéale fondée sur les preuves et savoir positionner judicieusement les outils technologiques dans le parcours de soin.

Qu'est-ce que la técarthérapie et sur quel principe repose-t-elle ?

La técarthérapie (TECAR, pour Transfert d’Énergie Capacitive et Résistive) est une thérapie par radiofréquence délivrant un courant électromagnétique à 448 kHz via des électrodes. Elle augmente les échanges ioniques cellulaires et produit deux types d’effets : un effet thermique (vasodilatation, régénération tissulaire) et un effet de biostimulation cellulaire obtenu sans chauffer significativement les tissus. Ses deux modes — capacitif (tissus mous superficiels) et résistif (fascias et structures profondes) — la rendent pertinente pour la sphère pelvi-périnéale.

La técar peut-elle remplacer la rééducation périnéale ?

Non. La rééducation périnéale reste le traitement de première intention de l’incontinence urinaire d’effort et mixte, avec un niveau de preuve élevé (réduction de 50 à 70 % des fuites après trois mois). La técar agit sur la qualité du substrat tissulaire (collagène, vascularisation, hydratation), là où la rééducation travaille la commande et la force musculaires. Les deux approches sont complémentaires, jamais concurrentes : la técar s’envisage comme un adjuvant, pas comme un substitut.

Pourquoi la técar présente-t-elle un intérêt particulier à la ménopause ?

La carence œstrogénique de la ménopause affaiblit les structures de soutien périnéal : perte de tonicité des muscles et fascias, amincissement des muqueuses, diminution du soutien des organes pelviens. Ces modifications favorisent l’incontinence urinaire (environ 40 % des femmes ménopausées), les prolapsus et les symptômes du syndrome génito-urinaire. En ciblant la trophicité tissulaire, la técar viendrait potentialiser la rééducation, particulièrement chez les patientes en carence œstrogénique non substituée.

Quel est le niveau de preuve actuel de la técar en périnéologie ?

Il reste préliminaire mais prometteur. Les mécanismes biologiques sont solidement documentés (prolifération des fibroblastes, synthèse de collagène, angiogenèse, modulation de l’inflammation). Sur le plan clinique, des essais randomisés contrôlés contre sham sont en cours dans l’incontinence urinaire d’effort et le syndrome de relâchement vaginal (ex. NCT06788574, NCT04612205), et des premières données de satisfaction sont encourageantes (GINEP 2022). Le niveau de preuve n’atteint pas encore celui de la rééducation classique : le praticien avisé l’intègre comme outil complémentaire en restant attentif aux publications à venir.

Comment intégrer la técar dans un protocole de rééducation périnéale ?

Elle s’inscrit dans une séquence structurée, sans remplacer le raisonnement clinique : d’abord un bilan périnéal rigoureux (testing d’Oxford, calendrier mictionnel, questionnaire ICIQ-UI SF), puis une rééducation active (biofeedback, électrostimulation, renforcement, verrouillage à l’effort), l’adjuvant técar ciblé sur la trophicité et le confort, et enfin les exercices à domicile avec éducation thérapeutique pour pérenniser les résultats.