En tant que kinésithérapeute spécialisé(e) en pelvi-périnéologie, vous le savez : la qualité de la prescription d’exercices conditionne directement les résultats de la rééducation périnéale. Pourtant, structurer un programme progressif, adapté au profil de chaque patiente et réellement suivi entre les séances reste un défi clinique majeur. Ce guide vous propose une méthodologie complète, du bilan initial au suivi à domicile, fondée sur les données probantes.
Pourquoi la prescription d’exercices est au cœur de la rééducation périnéale
La rééducation périnéale par exercices de contraction des muscles du plancher pelvien (MPP) constitue le traitement de première intention de l’incontinence urinaire, quel que soit le type, avec un grade de recommandation A [Deffieux et al., 2015]. La Haute Autorité de Santé (HAS) recommande au minimum 3 séances guidées par un thérapeute, associées à des exercices réalisés au domicile [HAS, 2002].
Ce point est fondamental : la rééducation ne se limite pas aux séances en cabinet. Les exercices à domicile représentent le prolongement indispensable du travail supervisé. Sans eux, les gains obtenus en séance ne se maintiennent pas à moyen terme.
Comme le souligne Sandrine Galliac Alanbari dans son ouvrage de référence sur la rééducation périnéale féminine, les muscles du plancher pelvien assurent, par leur contraction et leur relâchement, le soutien des organes pelviens, la continence urinaire et fécale, ainsi que la fonction sexuelle. Le renforcement de ces muscles repose sur des exercices spécifiques dont la prescription doit être individualisée.
Du bilan initial à la prescription : une démarche structurée
Le bilan diagnostique kinésithérapique (BDK) comme fondation
Toute prescription d’exercices périnéaux pertinente s’appuie sur un bilan initial rigoureux. Ce bilan doit évaluer :
- La capacité de la patiente à identifier et contracter volontairement les MPP (prise de conscience musculaire)
- La force musculaire par testing périnéal (échelle d’Oxford modifiée ou PERFECT scheme)
- L’endurance, la coordination et le relâchement
- La présence d’inversions de commande (poussée abdominale au lieu de la contraction périnéale)
- Les synergies abdominaux-périnée et diaphragme-périnée
Sandrine Galliac Alanbari rappelle que les muscles du plancher pelvien (MPP) travaillent en constante synergie avec les autres muscles stabilisateurs locaux. À l’expiration, le périnée est ascensionné par la remontée du diaphragme grâce à leur lien via le fascia antérieur [Hodges, Pengel & Sapsford, 2007]. Cette synergie diaphragme-abdominaux-périnée doit être évaluée et prise en compte dans la prescription.
Définir des objectifs SMART
Avant de prescrire des exercices, formalisez des objectifs thérapeutiques avec la patiente selon le modèle SMART (Spécifiques, Mesurables, Atteignables, Réalistes, Temporellement définis). Les objectifs portent prioritairement sur les dimensions fonctionnelles plutôt que sur le seul testing musculaire.
Exemples d’objectifs pertinents :
- Reprendre la course à pied sans fuite à 3 mois
- Réduire de 50 % les épisodes de fuites à l’effort à 6 semaines
- Acquérir le verrouillage périnéal à l’effort (the Knack) à 4 semaines
Structurer un programme d’exercices progressif
Phase 1 — Prise de conscience et apprentissage (semaines 1 à 3)
La première étape consiste à s’assurer que la patiente sait contracter correctement ses MPP. Rappelons que les inversions de commande sont fréquentes : de nombreuses patientes poussent vers le bas au lieu de contracter vers le haut.
Les exercices de cette phase privilégient :
- Des contractions isolées en décubitus dorsal (position facilitante)
- Un travail en biofeedback (instrumental ou manuel) pour objectiver la contraction
- L’apprentissage de la coordination respiration-périnée : contraction périnéale sur l’expiration
Le biofeedback joue ici un rôle majeur. Comme le décrit Sandrine Galliac Alanbari, il aide la patiente à sentir et comprendre l’activation des muscles profonds, ce qui est souvent difficile sans visualisation objective. L’outil permet d’objectiver l’efficience du recrutement musculaire et de mesurer endurance et contrôle volontaire.
Phase 2 — Renforcement analytique (semaines 3 à 8)
Une fois la prise de conscience acquise, le programme évolue vers un renforcement structuré :
| Paramètre | Recommandation |
|---|---|
| Fréquence | 3 séries par jour |
| Contractions rapides | 10 contractions rapides (1 seconde) |
| Contractions soutenues | 8 à 12 contractions de 6 à 8 secondes |
| Relâchement | Temps de relâchement = temps de contraction |
| Positions | Progression : couché → assis → debout |
Ces paramètres sont cohérents avec les recommandations des revues systématiques Cochrane sur le renforcement du plancher pelvien [Dumoulin et al., 2018].
Phase 3 — Intégration fonctionnelle (semaines 8 à 12+)
C’est la phase la plus importante pour le maintien des résultats à long terme. Elle consiste à réintégrer le périnée dans le complexe lombo-abdomino-pelvien, en travaillant :
- Le verrouillage périnéal anticipatoire avant l’effort (the Knack)
- La coordination lors d’activités fonctionnelles (toux, port de charge, montée d’escaliers)
- Le travail en synergie avec les abdominaux profonds (transverse)
Sandrine Galliac Alanbari insiste sur l’importance de cette réintégration fonctionnelle : c’est à travers la gymnastique abdominale, posturale et respiratoire que le périnée est réintégré au sein de l’enceinte lombo-abdomino-diaphragmatique, assurant la pérennité des résultats.
Le défi de l’observance : pourquoi vos patientes ne font pas leurs exercices
L’observance est le talon d’Achille de la rééducation périnéale. Les données scientifiques sont préoccupantes :
- L’adhérence à court terme (<1 an) n’atteint que 64 % selon l’International Continence Society (ICS)
- À long terme, l’adhérence chute entre 10 % et 70 % selon les études [Bø & Hilde, 2013]
- Seulement 23 % à 64 % des patientes atteignent la fréquence et l’intensité requises pour obtenir des résultats cliniques [Borello-France et al., 2010]
Les freins identifiés dans la littérature sont multiples : manque de temps, oubli, incompréhension des exercices, absence de feedback sur la progression, perte de motivation après les premières semaines.
À retenir : La prescription d’exercices ne se résume pas à remettre une feuille d’exercices. Elle implique un travail d’éducation thérapeutique, de motivation et de suivi régulier pour lutter contre le décrochage.
Outils numériques pour le suivi de la prescription
Face au défi de l’observance, les outils numériques offrent des leviers concrets pour le kinésithérapeute. Un logiciel de prescription d’exercices comme Andrew® permet de :
- Prescrire des exercices vidéo personnalisés en moins de 30 secondes, directement depuis le cabinet
- Créer des programmations sur plusieurs semaines de manière évolutive, avec une progression adaptée à chaque phase de la rééducation
- Suivre l’observance en temps réel : le kinésithérapeute visualise quels exercices ont été réalisés, à quelle fréquence, et peut ajuster le programme en conséquence
- Envoyer des notifications de rappel aux patientes pour maintenir la régularité
- Communiquer via une messagerie sécurisée (chiffrée de bout en bout) pour répondre aux questions entre les séances
L’intérêt de ces outils est de prolonger l’accompagnement thérapeutique au-delà du cabinet, sans alourdir la charge de travail du praticien. Plus de 4 000 thérapeutes utilisent déjà ce type de solution pour améliorer le suivi de leurs patients.
Erreurs fréquentes dans la prescription d’exercices périnéaux
Certaines erreurs de prescription compromettent les résultats.
En voici les principales :
Prescrire sans avoir vérifié la contraction : si la patiente pousse au lieu de contracter, les exercices à domicile aggraveront la situation
Programme trop complexe : au-delà de 3 types d’exercices, l’adhérence chute significativement
Absence de progression : un programme statique perd en efficacité après 3-4 semaines
Pas de suivi inter-séances : sans retour sur la réalisation des exercices, vous pilotez à l’aveugle
Négliger l’intégration fonctionnelle : un périnée qui ne fonctionne qu’en analytique ne protège pas au quotidien
Les exercices de contraction des muscles du plancher pelvien (MPP) constituent le traitement de première intention, avec un grade de recommandation A selon les recommandations du CNGOF [Deffieux et al., 2015]. La prescription débute par des contractions isolées en position facilitante (décubitus dorsal), associées à un travail de coordination respiration-périnée, avant d’évoluer vers un renforcement analytique puis une intégration fonctionnelle.
La HAS et le CNGOF recommandent au minimum 3 séances guidées par un thérapeute, associées à des exercices réalisés au domicile. En pratique, le nombre de séances dépend du bilan initial, de la capacité de la patiente à contracter correctement ses MPP et de la complexité du tableau clinique. Les 10 séances remboursées à 100 % en post-partum constituent le cadre habituel.
L’observance est très variable selon les études : 42 % des études rapportent des taux supérieurs à 80 % à court terme [Rodríguez-Revilla et al., 2025], mais l’adhérence à long terme chute entre 10 % et 70 % [Bø & Hilde, 2013]. L’ICS rapporte seulement 23 % d’adhérence pour les programmes de plus d’un an.
Le programme se décompose en 3 phases : prise de conscience et apprentissage (semaines 1-3), renforcement analytique avec paramètres précis de séries et répétitions (semaines 3-8), puis intégration fonctionnelle avec verrouillage périnéal anticipatoire lors des activités du quotidien (semaines 8-12+). La progression repose sur des critères objectifs (testing, endurance, absence d’inversion de commande).
Un logiciel de prescription d’exercices comme Andrew permet de prolonger l’accompagnement au-delà du cabinet : exercices vidéo personnalisés accessibles sur le smartphone de la patiente, suivi de l’observance en temps réel, notifications de rappel et ajustement du programme à distance. Ces fonctionnalités répondent directement aux freins identifiés dans la littérature (oubli, incompréhension des exercices, absence de feedback).