Fatigue persistante, fractures de stress à répétition, cycles menstruels irréguliers : ces signaux, fréquents chez les sportives, sont souvent banalisés. Pourtant, ils peuvent révéler un RED-S (Relative Energy Deficiency in Sport), un syndrome aux conséquences systémiques encore largement sous-diagnostiqué.
Le kinésithérapeute et la sage-femme occupent une position privilégiée dans le parcours de la sportive. Par la fréquence des consultations et la proximité avec le corps, ils sont souvent les premiers professionnels à observer les signes d’alerte. Encore faut-il savoir les reconnaître. Cet article fait le point sur le RED-S, ses conséquences osseuses et pelviennes, et les outils de dépistage mobilisables en cabinet.
De la triade de l’athlète féminine au RED-S : évolution du concept
Pendant des décennies, la communauté médicale a raisonné autour de la triade de l’athlète féminine, un modèle décrit dans les années 1990 articulant trois composantes : troubles du comportement alimentaire, aménorrhée et ostéoporose. Ce cadre, bien qu’utile, présentait des limites : il ne concernait que les femmes, ne prenait en compte que trois systèmes physiologiques et supposait un tableau clinique complet pour poser le diagnostic.
En 2014, le Comité International Olympique (CIO) a introduit le concept de RED-S pour élargir considérablement cette vision. Le RED-S désigne un déficit énergétique relatif — un déséquilibre entre les apports alimentaires et la dépense énergétique liée à l’entraînement — dont les répercussions dépassent largement la triade initiale.
Le RED-S affecte :
- Le métabolisme osseux (diminution de la densité minérale)
- La fonction endocrinienne (perturbations menstruelles, baisse des hormones thyroïdiennes)
- Le système immunitaire (infections récurrentes)
- La fonction cardiovasculaire
- La santé psychologique (irritabilité, troubles de l’humeur)
- La performance sportive (baisse de force, endurance, coordination)
Ce modèle reconnaît aussi que le déficit peut être intentionnel (restriction alimentaire, TCA) ou non intentionnel (volume d’entraînement trop élevé par rapport aux apports, méconnaissance des besoins nutritionnels). C’est un point essentiel pour le dépistage : une sportive consciencieuse qui mange « sainement » peut être en déficit énergétique sans le savoir.
Signes cliniques et conséquences du RED-S
Le RED-S se manifeste rarement par un tableau franc. C’est le faisceau d’indices qui doit alerter le praticien. Parmi les signes à rechercher :
- Aménorrhée ou oligoménorrhée : l’absence ou l’irrégularité des règles est l’un des marqueurs les plus évocateurs. Toute sportive présentant une aménorrhée secondaire de plus de trois mois doit être évaluée.
- Fractures de stress récurrentes ou inhabituelles pour le niveau d’activité
- Fatigue chronique disproportionnée par rapport à la charge d’entraînement
- Baisse de performance inexpliquée malgré un entraînement régulier
- Infections à répétition (voies respiratoires supérieures notamment)
- Troubles de l’humeur, irritabilité, difficulté de concentration
- Blessures tendineuses ou ligamentaires à répétition
Sur le plan osseux, le déficit en oestrogènes lié à l’aménorrhée accélère la perte de densité minérale. Chez une sportive jeune, cela peut compromettre l’acquisition du pic de masse osseuse, avec des conséquences à long terme sur le risque fracturaire. Chez une sportive plus mature, notamment en période de périménopause, le RED-S aggrave une fragilité osseuse déjà en progression.
Impact spécifique sur la santé pelvienne
Le lien entre RED-S et santé périnéale est encore peu documenté dans la littérature grand public, mais il est cliniquement pertinent. La carence oestrogénique induite par l’aménorrhée entraîne :
- Une atrophie des muqueuses vulvo-vaginales et urétrales
- Une diminution de la trophicité des tissus du plancher pelvien
- Une fragilisation des mécanismes de continence
Concrètement, une sportive en RED-S présente un risque accru d’incontinence urinaire d’effort (IUE). Le mécanisme est double : d’un côté, les contraintes mécaniques liées au sport (impacts, hyperpression abdominale) ; de l’autre, un plancher pelvien affaibli par le déficit hormonal. Pour approfondir les mécanismes de l’IUE chez la sportive, consultez notre article dédié.
Le lien entre troubles du comportement alimentaire (TCA) et fuites urinaires chez les sportives est étayé par la recherche : les athlètes présentant des troubles alimentaires auraient un risque environ trois fois supérieur de signaler une incontinence urinaire, en lien avec le faible poids, les irrégularités menstruelles et la déficience hormonale qui forment un terrain propice à la défaillance du plancher pelvien. Ce tableau clinique croisé justifie pleinement que le kinésithérapeute spécialisé en pelvi-périnéologie intègre le dépistage du RED-S dans son bilan.
Dépistage en cabinet : outils et démarche
Le questionnaire LEAF-Q
Le LEAF-Q (Low Energy Availability in Females Questionnaire) est un outil de dépistage validé, spécifiquement conçu pour identifier les sportives à risque de déficit énergétique. Il explore trois dimensions :
- Les blessures : fréquence et type (notamment fractures de stress)
- La fonction gastro-intestinale : ballonnements, troubles du transit
- La fonction menstruelle : régularité des cycles, utilisation de contraception hormonale
Un score élevé au LEAF-Q indique un risque de LEA (Low Energy Availability) et justifie une exploration complémentaire.
L’anamnèse orientée en cabinet
Au-delà du questionnaire, le kinésithérapeute peut intégrer à son bilan initial quelques questions clés :
- « Vos règles sont-elles régulières ? » — une question simple mais rarement posée en cabinet de kinésithérapie
- « Avez-vous eu des fractures de stress ces dernières années ? »
- « Comment décririez-vous votre niveau d’énergie au quotidien ? »
- « Avez-vous modifié votre alimentation récemment ? »
Quand orienter ?
Le kinésithérapeute n’a pas vocation à poser le diagnostic de RED-S, mais il doit savoir quand référer. Une orientation vers un médecin du sport ou un endocrinologue est recommandée en présence de :
- Aménorrhée secondaire de plus de 3 mois
- Fractures de stress récidivantes
- Score LEAF-Q élevé associé à des signes cliniques
- Suspicion de TCA
Un bilan osseux (ostéodensitométrie) et un bilan hormonal permettront de confirmer ou d’infirmer le diagnostic et d’adapter la prise en charge.
Le kiné comme sentinelle : repérer et orienter
Le kinésithérapeute spécialisé en santé de la femme sportive ne travaille pas seul. Son rôle dans le RED-S est celui d’une sentinelle au sein d’une équipe pluridisciplinaire.
En pratique, cela signifie :
- Repérer les signes d’alerte lors des bilans et du suivi (fatigue, blessures récurrentes, aménorrhée mentionnée incidemment)
- Questionner de manière systématique et bienveillante la fonction menstruelle et les habitudes alimentaires
- Communiquer avec le médecin du sport, le gynécologue et le diététicien lorsqu’un faisceau de signes est identifié
- Accompagner la sportive dans la compréhension du syndrome, en déculpabilisant : le RED-S n’est pas une question de volonté mais d’équilibre énergétique
Cette posture de sentinelle est d’autant plus importante que de nombreuses sportives banalisent leurs symptômes. L’aménorrhée est souvent perçue comme « normale » chez les athlètes, la fatigue est attribuée à l’entraînement, les fractures de stress au « manque de chance ». Le kiné formé au RED-S peut briser ce cercle de normalisation.
Pour une vision globale de l’accompagnement de la sportive en périnéologie, retrouvez notre guide complet sport et périnée.
Se former au dépistage du RED-S
Le RED-S fait partie intégrante du Module 1 — Évaluation spécialisée de la formation Hey Lilie. Ce module couvre :
- RED-S et triade actualisée : comprendre le spectre complet du déficit énergétique relatif
- Dépistage clinique : maîtriser le LEAF-Q, identifier les signes cliniques, évaluer les risques osseux et périnéaux
- Cas cliniques fil rouge : coureuse amateur de 35 ans, gymnaste en compétition de 19 ans, crossfiteuse périménopausée de 48 ans — trois profils, trois démarches de dépistage
- Orientation et réseau : savoir quand et comment référer vers un médecin du sport ou un endocrinologue
- Lien TCA, aménorrhée et plancher pelvien : comprendre les mécanismes qui fragilisent la continence chez la sportive en déficit énergétique
La formation est destinée aux kinésithérapeutes et sages-femmes souhaitant structurer leur prise en charge de la femme sportive. Elle est certifiée et éligible à la prise en charge.
Le RED-S est un syndrome systémique dont les conséquences dépassent largement le cadre de la performance sportive. Ostéoporose précoce, fractures de stress, fragilisation du plancher pelvien : les enjeux de santé à long terme sont réels. Le kinésithérapeute, par sa position de proximité avec la sportive, dispose d’un levier unique pour repérer les premiers signes et enclencher une prise en charge pluridisciplinaire adaptée.
Encore faut-il être formé pour le faire. Intégrer le dépistage du RED-S à sa pratique, c’est offrir à ses patientes un accompagnement véritablement global — et c’est exactement ce que les formations Hey Lilie vous permettent de construire.
Le RED-S (Relative Energy Deficiency in Sport) est un syndrome introduit par le Comité International Olympique en 2014 pour décrire les conséquences d’un déséquilibre entre apports alimentaires et dépense énergétique liée au sport. Contrairement à l’ancienne triade de l’athlète féminine, le RED-S englobe des atteintes systémiques multiples : osseuses, endocriniennes, immunitaires, cardiovasculaires et psychologiques. Ce déficit énergétique relatif peut être intentionnel (restriction alimentaire) ou non intentionnel (volume d’entraînement disproportionné par rapport aux apports). Il concerne aussi bien les sportives amateurs que les athlètes de haut niveau.
La triade de l’athlète féminine, décrite dans les années 1990, se limitait à trois composantes : troubles alimentaires, aménorrhée et ostéoporose, et ne concernait que les femmes. Le RED-S, introduit par le CIO en 2014, élargit considérablement ce cadre en reconnaissant que le déficit énergétique relatif affecte de nombreux systèmes physiologiques (métabolisme osseux, fonction immunitaire, santé cardiovasculaire, performance sportive) et peut également toucher les hommes. Le RED-S ne nécessite pas un tableau clinique complet pour être suspecté : un faisceau d’indices suffit à justifier une exploration.
Le LEAF-Q (Low Energy Availability in Females Questionnaire) est un outil de dépistage validé scientifiquement qui explore trois dimensions : les blessures (notamment les fractures de stress), la fonction gastro-intestinale (ballonnements, troubles du transit) et la fonction menstruelle (régularité des cycles). Un score élevé au LEAF-Q indique un risque de déficit énergétique et justifie une évaluation complémentaire. Cet outil est recommandé dans le REDs Clinical Assessment Tool du CIO. Il est particulièrement utile en cabinet de kinésithérapie pour repérer les sportives à risque.
Le déficit énergétique relatif entraîne une carence en oestrogènes, notamment via l’aménorrhée, qui accélère la perte de densité minérale osseuse. Chez une sportive jeune, cela peut compromettre l’acquisition du pic de masse osseuse, augmentant le risque de fractures de stress récurrentes et d’ostéoporose précoce. Chez une sportive plus mature, en périménopause, le RED-S aggrave une fragilité osseuse déjà en progression. La surveillance de la santé osseuse, notamment par ostéodensitométrie, fait partie intégrante du bilan de dépistage du RED-S.
L’aménorrhée liée au RED-S provoque une carence oestrogénique qui affecte les tissus du plancher pelvien : atrophie des muqueuses vulvo-vaginales et urétrales, diminution de la trophicité tissulaire et fragilisation des mécanismes de continence. Combinée aux contraintes mécaniques du sport (impacts, hyperpression abdominale), cette fragilisation hormonale augmente le risque d’incontinence urinaire d’effort. Les récepteurs aux oestrogènes présents dans l’urètre, le vagin et les muscles du plancher pelvien expliquent cette sensibilité hormonale, bien documentée dans la littérature sur la ménopause et applicable au contexte du RED-S sportif.
Le kinésithérapeute n’a pas vocation à poser le diagnostic de RED-S, mais il joue un rôle de sentinelle essentiel. En intégrant le questionnaire LEAF-Q à son bilan initial et en posant systématiquement des questions sur la régularité menstruelle, les fractures de stress, le niveau d’énergie et les habitudes alimentaires, il peut identifier un faisceau d’indices évocateur. En présence de signes d’alerte (aménorrhée de plus de 3 mois, fractures récidivantes, score LEAF-Q élevé), il oriente vers un médecin du sport ou un endocrinologue pour un bilan complet incluant ostéodensitométrie et bilan hormonal.
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